Todeschini : "Ce qui a fait défaut au MHR cette année, c'est qu'on a été petits dans nos têtes"
Alors qu'il vient de mettre un terme à une longue carrière, le buteur argentin Federico Todeschini nous donne ses dernières impressions de joueurs et se penche sur l'avenir de son club, le Montpellier Hérault Rugby.
Il nous a fait le bonheur de nous accueillir dans les locaux d'Yves du Manoir pour notre plus grand plaisir.
Parce qu'en plus d'avoir été un buteur hors-pair, Federico Todeschini est surtout un formidable garçon apprécié de tous et qui jamais ne s'arrête de sourire...
MadeInRugby : Pourquoi on te surnomme le "Ninja"?
Federico Todeschini : (sourire) Mon père jouait encore au rugby quand j’avais 5-6 ans, je suivais tout les matchs et les entrainements. Des fois je prenais un ballon et quand ils en avaient besoin pour s’entrainer, ils voulaient me le récupérer et je commençais à donner des coups de pieds à tout le monde. Je faisais ça à chaque entrainement, du coup ils me disaient : « T’es un petit ninja! ». Depuis, j’ai gardé mon surnom !
Tu embrasses ton avant bras a chaque tentative de but réussie, c'est de la superstition?
FT : Non, c’est parce que j’ai un tatouage sur l’avant-bras avec l’inscription du nom de mes 3 enfants. A chaque fois que je mets une pénalité, je pense à eux. Avant de partir de chez moi les matins de matches, ma fille me disait à chaque fois : « Penses à moi papa ! ». Alors j’avais besoin de mettre des points, j’avais la pression !
MONTPELLIER:
Federico, comment as-tu vécu ton dernier match avec Montpellier, tu l’avais préparé différemment?
FT : Non, j’ai fait comme d’habitude. Dans le rugby, il n’y a pas de match facile, il y a toujours de l’engagement, si on n’est pas prêt on risque de se blesser. Ca m’est arrivé quand j’étais jeune, quand on jouait contre le dernier, on rigolait dans les vestiaires, on faisait des conneries et c’est là où on prend des claques et où on se blesse sérieusement. Donc j’étais ému par rapport à l’évènement mais avant de rentrer, je me suis préparé simplement, comme si ce n’était qu’un match de plus.
Qu'est-ce qui a manqué d'après toi pour que le MHR accroche cette sixième place qui n'est qu'à 9 petits points finalement?
FT : Pas grand-chose. On fait des fautes de petits clubs. On rate deux matchs à la maison contre Brive et Bayonne, deux matchs qui sont largement à notre portée et on les rate parce qu’on les a mal préparés, on a pas été sérieux. Après, on rate des matchs à l’extérieur comme contre le Racing et d’autres où on peut passer. Ca ne se joue pas à grand chose, au niveau des victoires on est bien mais on est un club jeune. J’espère que ce qui est arrivé cette année va servir d’expérience pour l’avenir parce qu’il y a vraiment un potentiel pour faire quelque chose de bien. Mais dans la tête cette année on a été petits, c’est dommage.
Qu'est-ce que tu retiendras de ton passage à Montpellier?
FT : J’ai vécu quatre belles années au club, j’ai beaucoup de bons souvenirs. Ce que je vais garder, c’est l’amitié avec tous les amis que je laisse ici. Dans le rugby professionnel, c’est plus comme avant, c’est difficile de trouver un groupe comme celui que j’ai trouvé ici. J’ai joué dans six clubs en France et je n’ai jamais vécu ça. Ca m’a beaucoup rappelé mon club de Rosario en Argentine. D’ailleurs, c’est pour ça que je suis resté si longtemps à Montpellier. J’ai eu des propositions sportives plus intéressantes, financièrement aussi mais j’étais vers la fin et j’étais bien au club donc j’ai préféré rester ici. C’est ça que je vais retenir de mon passage ici.
ARGENTINE:
On ne peut pas parler de ta carrière sans évoquer l'équipe d'Argentine. Donnes nous le secret de cette équipe?
FT : Le secret de l’équipe d’argentine c’est l’état d’esprit. On vient de très loin, d’une région où le rugby n’existait pas. Nous sommes pratiquement les seuls sur le continent américain qui avons le niveau du Top 10 mondial. Nous sommes arrivé jusque là pour nous, parce que rien n’a été facile. Nous avons eu une génération qui est arrivée à pleine maturité pour la Coupe du Monde en 2007. Il y a eu tous les ingrédients pour atteindre cette troisième place qui a été méritée et que nous n’avons pas volée.
Durant cette coupe du Monde en 2007, tu faisais partie des 30 sélectionnés mais tu n’as pas eu la chance de beaucoup jouer (31 minutes seulement en 3 matchs ; NDLR). En gardes-tu un goût amer ?
FT : J’aurais pu en garder un goût amer mais d’un autre côté je suis très content parce que 15 jours avant le début de la compétition, je me déchire à un mollet. J’ai fait la coupe du Monde déchiré donc, même si ce n’était pas une grosse déchirure, j’étais blessé. J’ai passé des moments très durs, j’ai même pensé à quitter l’aventure en cours de route mais j’ai serré les dents. Je me suis accroché et j’ai eu la chance de participer à 3 matchs et même de marquer un essai lors d’une coupe du Monde donc franchement c’est que du bonheur. Ca dépend de quel côté tu regardes le verre, celui à moitié vide ou celui à moitié plein. Moi dans ma vie j’ai toujours regardé la moitié pleine et c’était un très grand bonheur.
SON AVENIR
On a entendu parler que tu pourrais te charger de l'entrainement du jeu au pied pour le MHR ou pour les Pumas, peux-tu nous en dire un peu plus?
FT : C’est une des possibilités oui, je dois en parler encore avec le président Thierry Pérez. Ils m’ont proposé de m’engager auprès du club à temps plein mais je ne peux pas en raison d’autres engagements que j’ai ailleurs. Mais bien sûr que ça m’intéresse de rester en contact avec le club. Je ferais certainement des interventions tout les deux mois ou quelque chose comme ça. L’idée c’est de rester collé au club. Avec les Pumas c’est pareil. Ils m’ont proposé d’intégrer le staff pour m’occuper du jeu au pied. Ce n’est pas encore concrétisé mais il faut que je réfléchisse, ce sont des missions qui demandent du temps, d’autant plus que la coupe du Monde 2011 approche. Je me donne encore deux mois pour me reposer, prendre du plaisir et réfléchir et ensuite je donnerai ma réponse qui sera longuement mûrie.
MIR : Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour ta prochaine vie?
FT : D’être heureux avec ma famille, c’est le plus important !
Propos recueillis par Benoît PIFFERO
Benoît PIFFERO,
MadeInRugby.com